Chères adhérentes, chers adhérents,
Je souhaitais vous partager une synthèse des éléments marquants de cette journée. Des messages exprimés par les dirigeants de la filière qui éclairent les défis que la filière traverse, se résumant à un appel collectif à la flexibilité et à la compétitivité européenne.
Bonne lecture,
Maxime
Chargée de mission Filière Automobile TOTEM
Un secteur sous tension face à la transition électrique
L’événement a réuni constructeurs, équipementiers, responsables politiques et représentants de la filière autour d’un même enjeu : comment maintenir la compétitivité européenne et répondre aux enjeux de la filière face au virage électrique attendu.
Quelques chiffres ont donné le ton :
- Baisse de 20,8 % des ventes de véhicules en France en cinq ans,
- Perte de 40 000 emplois dans le secteur français sur la même période,
- Risque annoncé : 75 000 emplois menacés d’ici 2035 dans le secteur automobile français
Les messages clés des dirigeants de la filière
- Luc Chatel, président de la PFA, a ouvert la journée en appelant à un « nouveau logiciel pour l’Europe » articulé autour de la flexibilité, la souveraineté et la compétitivité. Il a insisté sur la nécessité d’une neutralité technologique (« ne pas rester bloqué uniquement sur l’électrique »), et sur la création d’une loi sur le contenu local à l’image de ce qui se fait en Chine, en Inde et aux Etats-Unis pour soutenir la production européenne.
- François Provost (Directeur général de Renault Group) a alerté sur le risque de décrochage de l’industrie européenne sans assouplissement réglementaire, proposant une simplification du cadre législatif et la prise en compte des réalités industrielles.
Plusieurs propositions énoncées :- Simplifier le cadre réglementaire : règles applicables principalement aux nouvelles réceptions par type.
- Regrouper les réglementations en lots triennaux, avec un délai minimal de 3 ans pour se conformer.
- Maintenir la neutralité technologique : pour les petites voitures « tout-électrique », pour les segments supérieurs inclure PHEV/REEV.
- Il a mis en garde : sans adaptation, Renault pourrait être amené à réduire sa production de véhicules utilitaires fin 2025/début 2026.
- Ola Källenius (Président de Mercedes‑Benz Group & de ACEA) a rappelé que plus de 300 milliards d’euros ont déjà été investis pour la décarbonation, mais que la rentabilité reste fragile. Il appelle à une meilleure compétitivité européenne et plus cohérente face à la Chine et aux États-Unis. « Il est donc évident que quelque chose ne fonctionne pas dans nos politiques. » Il a insisté sur les besoins en infrastructures, incitations douces et flexibilité technologique.
- Antonio Filosa (CEO de Stellantis) a réaffirmé l’ancrage européen (et français) du groupe, tout en regrettant une réglementation européenne « erronée » pouvant avantager les constructeurs chinois. Il a particulièrement critiqué les objectifs européens pour les véhicules utilitaires légers (VUL) : qu’il juge « tout simplement inaccessible ».
- Francis Bartholomé (Président de Mobilians) a évoqué l’enjeu de l’acceptabilité des véhicules électriques : la transition « à marche forcée » crée des freins chez les utilisateurs. Il a demandé à l’État et à la filière de produire un guide sur réparabilité, durée de vie des batteries, etc., pour démystifier le « VE ». Il a souligné la nécessité de davantage de stabilité réglementaire et fiscale, avec moins de changements brusques (ex. bonus/retrait en quelques mois) pour les hybrides rechargeables.
Cinq axes forts pour l’avenir
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Neutralité technologique : prendre en compte l’ensemble des solutions – ne pas miser uniquement sur le « tout électrique » mais que l’on considère PHEV, REEV, carburants de synthèse selon les segments.
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Flexibilité réglementaire : adapter les délais, lots triennaux, adaptation des objectifs selon segments, distinction VUL/VP (véhicules utilitaires légers / véhicules particuliers).
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Compétitivité européenne et contenu local : nécessité pour l’industrie européenne de renforcer ses chaînes de valeur, de ne pas subir une dépendance face aux acteurs extra-européens.
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Acceptabilité & soutien à l’utilisateur : la voiture électrique ne se limite pas à la technologie ; il faut que l’utilisateur comprenne, aie confiance, que les coûts d’usage (TCO) soient maîtrisés, et que la filière soit crédible.
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Investissements & rentabilité : malgré des sommes astronomiques investies dans la transition, la rentabilité reste un sujet critique. Les politiques doivent en tenir compte.
Enjeux prioritaires à venir
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Adoption par la Commission européenne d’une définition de « voiture européenne » qui pourra conditionner les bonus et le contenu local.
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La nécessité d’un cadre clair pour les petits véhicules abordables (objectif évoqué : 15 000-20 000 €) pour changer d’échelle.
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Pour les VUL, adaptation urgente des normes pour éviter pertes de production et emplois.
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Le rôle des pouvoirs publics : stabilité fiscale, primes intéressantes (ex. prime à la destruction), timing cohérent des changements réglementaires.
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L’infrastructure d’électrification (réseaux, bornes, recharge) comme élément clé pour réussite de la transition.
Une filière à un tournant stratégique
La Journée de la Filière Automobile 2025 a mis en avant une double réalité : une ambition forte d’électrification et de décarbonation — mais aussi de très nombreuses contraintes : réglementaires, économiques, compétitives, sociétales.
La filière automobile européenne se trouve à un moment charnière. Il ne s’agit plus seulement de produire des véhicules « propres », mais de s’assurer que l’ensemble de l’écosystème (industrie, régulation, infrastructures, utilisateurs) soit aligné et viable.
Si les principes tels que la neutralité technologique, la flexibilité, la compétitivité locale et l’acceptabilité sont appliqués, cela peut donner un avenir soutenable. Sinon, le risque de déclin (production, emplois, parts de marché) sera réel.
Replay de l’intégralité des interventions.
Retrouver l’intégralité des prises de parole en replay
Et voici la séquence d’ouverture, par Luc Chatel, Président de la PFA
Ouverture de la #JournéeDeLaFilièreAuto par Luc Chatel,
Ancien ministre, président de la PFA, président du Comité Stratégique de la Filière automobile (CSF)