Interdiction 2035 : Paris défend une « flexibilité technologique » compatible avec l’emploi et la compétitivité de l’industrie automobile

Alors que l’Union européenne prépare la réévaluation de la fin des ventes de véhicules thermiques en 2035, la France défend une approche plus souple et pragmatique. Bercy et le ministère de la Transition écologique plaident pour une « neutralité technologique » accompagnée d’une préférence européenne en faveur de l’emploi et de l’industrie.

Une position française axée sur la flexibilité et la souveraineté industrielle

Dans un communiqué conjoint, les ministères de l’Économie, de l’Industrie et de la Transition écologique ont réaffirmé leur engagement en faveur de la décarbonation du secteur automobile, tout en appelant à davantage de souplesse technologique.
La France souhaite poursuivre l’électrification des véhicules, tout en permettant une approche plus ouverte incluant d’autres solutions bas carbone, à condition qu’elles contribuent à préserver et renforcer l’emploi industriel en Europe.

« La France souhaite poursuivre l’électrification des véhicules et défendra des flexibilités en matière de neutralité technologique dès lors qu’elles s’accompagneront de mesures d’incitation à la préférence européenne », précisent les ministères.

Une Europe industrielle sous tension

L’interdiction de la vente de véhicules thermiques ou hybrides, neufs, dans l’UE à partir de 2035 est fortement contestée par les constructeurs automobiles européens. Cette prise de position intervient dans un contexte tendu : les constructeurs automobiles européens font face à une concurrence chinoise accrue, à des ventes de véhicules électriques en deçà des prévisions et à des coûts de production élevés.
Le gouvernement français appelle donc à une approche plus pragmatique pour éviter que la transition énergétique ne se traduise par une désindustrialisation du continent.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a également exprimé son souhait de revoir l’interdiction, tandis que la Commission européenne prévoit d’évaluer les effets de la mesure dès la fin de l’année 2025, avant la révision officielle de 2026.

Neutralité technologique : un débat relancé

La notion de neutralité technologique — défendue notamment par les constructeurs — vise à laisser la porte ouverte à des technologies alternatives :

  • véhicules hybrides rechargeables,
  • carburants synthétiques,
  • biocarburants,
  • ou encore solutions hybrides innovantes permettant une réduction progressive des émissions.

Pour Bercy, il s’agit avant tout de produire en Europe avec des composants européens, afin que la transition énergétique reste créatrice d’emplois et bénéfique pour l’ensemble de la chaîne de valeur automobile.

Un enjeu économique et social majeur

Le secteur automobile représente environ 800 000 emplois en France, dont 450 000 chez les équipementiers et 350.000 chez les constructeurs, selon un rapport récent du Sénat.
La Fédération des équipementiers automobiles (FIEV) appelle à l’adoption de règles de contenu local européen pour garantir la compétitivité de l’industrie face à la concurrence internationale.

« L’électrification ne doit pas être synonyme de désindustrialisation », insistent les ministères concernés, appelant à une transition « responsable et pragmatique » sans renoncer aux objectifs climatiques.

La France et l’Espagne ont réaffirmé cette semaine leur soutien à l’objectif de zéro émission en 2035, tout en appelant à une mise en œuvre réaliste et favorable à l’emploi.
La Commission européenne, sous pression, devra trouver un équilibre entre ambition environnementale et protection du tissu industriel européen, dans un contexte de recomposition du marché mondial de l’automobile.

 

ℹ️ Source Voitures électriques en Europe : la France prône la flexibilité mais défend l’industrie – l’Opinion
L’Opinion | Publié le 23 octobre 2025